Limits – Contrer les frontières

“Quand nous fermons les yeux, nous sentons notre corps bouger, bouger pour être en mesure de rester immobile. – Pour rester en équilibre, il faut bouger constamment. Être sur le point d’équilibre, hors et autour de celui-ci, parce que si vous ne vous concentrez que pour être immobile, vous allez tomber.” Limits – Cirkus Cirkör

Dans les représentations de Cirkus Cirkör, il y a toujours un nouvel univers, créé de toutes pièces, qui accueille le public.  Où chaque détails, chaque costume, chaque déplacement est pensé en fonction de cet univers. Des scénographies impressionnantes qui font toujours l’unanimité et qui plongent inévitablement le spectateur dans un état proche de la rêverie. Le tout avec une envie de cohésion et de rassemblement qui transparaît – ne serait-ce que par la clôture du spectacle. Mais cette année, le nouveau spectacle de Cirkus Cirkör, Limits, ajoute à cela une autre dimension, plus politique, plus engagée, qui se retrouve là aussi mis en scène.

“Limits” pose la question des frontières, aujourd’hui, qui se ferment et qui enferment tout le monde à l’intérieur des crises et à l’extérieur des solutions possibles. La recherche artistique de ces circassiens nous conduit à nous poser des questions simples telles que la notion d’équilibre, de nécessité de l’autre, de cohésion (encore), mais nous confronte aussi ces casses-têtes que l’on pense irrésolubles mais qu’il suffit d’explorer pour mieux comprendre, le tout couplé à la mise à contribution du corps – de l’artiste, mais aussi social. Dit comme ça, ça peut paraître lourd. Mais la rythmique et l’inventivité bien connue de Cirkus Cirkör rend les choses faciles et accessibles. Le message est clair, presque aussi aérien et harmonieux que leurs acrobaties.

Le décor est épuré, pour l’occasion. Seuls les vêtements, ou presque, sont mis en lumière et en couleur, ce que j’ai voulu interpréter comme une façon de mettre en avant l’humain, face à la porosité d’une frontière que l’on voudrait construire en dur, mais qui au bout du compte, ne pourra pas durer. L’humain, lui, persiste. Dans ce décor parfois apocalyptique, c’est la puissance même du corps qui est mise en avant. Alors, oui, il y a peut-être moins de rêverie que dans d’autres spectacles, mais il y a, je pense, plus de “vrai” dans un temps où on en a besoin (après, pour être tout à fait honnête, ce n’est que le deuxième que je vois, j’ai donc manqué un bon nombre d’univers, et ça doit jouer sur ce que je perçois). Pour autant, c’est bien ce spectacle qui m’a le plus transporté, si je le compare à “Knitting Peace“. Ou plutôt, les sujets et les perspectives sont, je pense, incomparables. Quoiqu’il en soit, l’intention, voire le fondement même de la compagnie  qui serait de rompre les frontières artistiques ou politiques, sont parfaitement figurés. Et à en croire l’engouement du public, le message est passé. Oh, et je ne parle pas de la musique, qui, comme à chaque fois, sait nous captiver – des artistes complets ! – mais elle n’est pas en reste.

Face à des discours démagogues, Cirkus Cirkör nous prouve encore avec Limits que la création artistique est sans doute un des meilleurs remparts à l’ignorance et à l’immobilisme. Et quand bien même, l’important est sans doute de pouvoir s’adresser au plus grand nombre. (Et on est pressé de les retrouver)

À très vite !

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Crédits photos : Mats Bäcker – Cirkus Cirkör 

One Reply to “Limits – Contrer les frontières”

  1. […] fait chuter les gens, mais qui ne parvient pas à les immobiliser. L’année dernière, déjà, le mouvement était au coeur de la création. Under consacre ce mouvement, et montre les luttes acharnées qui nous concernent tous : le temps, […]

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