Entre-deux

Si les Boréales sont  bien terminées pour cette année, les expositions nordiques, elles, se poursuivent encore jusqu’à la fin de l’année, pour la plupart. C’est donc au détour d’une balade dominicale dans les rues de Bayeux que je me suis rendue à l’espace d’art actuel Le Radar, pour y découvrir l’exposition d’Alexander Gronsky et jeter un coup d’oeil au travail de L’Encrage avec “Guigui Pop”. Il y avait de quoi explorer, entre deux techniques, deux époques, deux modes de vie, deux paysages…

Un pied dans une réalité

Alexander Gronsky, photographe d’origine estonienne, marque son travail d’un regard particulier sur la mixité réelle qui peut exister entre un paysage urbain et une nature plus sauvage. Des sortes de frontières naturelles qui se forment et qui tempèrent les attitudes des êtres qui y vivent. Que ce soit par l’exploitation de la couleur ou par des lignes marquées, l’artiste souligne ce contraste permanent dans ses clichés. Face à des espaces naturels souvent imposants, le regard se trouve finalement confronté à un mur d’immeubles, trace du passage humain et de l’expansion de son habitat. Mais à l’inverse, certains point de vue nous donne à percevoir une autre interprétation, où la nature brute semble être en mesure de se réapproprier l’espace qu’elle avait toujours eu. En clair, en voyant les photographies d’Alexander Gronsky (qui ont été réalisées à des périodes différentes dans la carrière de l’artiste), j’y ai lu la persistance d’un conflit silencieux entre ces deux espaces, où l’être humain parvient tant bien que mal à se frayer un chemin.

Pour autant, par la spontanéité des clichés, le cadrage et la tonalité, il semble que ce conflit oscille entre un rapport de force et une complémentarité, figurée par la présence, justement, de ces êtres humains ou de ces animaux dans presque tous les clichés. Comment l’interpréter ? Je ne m’y aventurerai pas. Mais en ce qui me concerne, j’ai ressenti avec le travail d’Alexander Gronsky une forme de questionnement sur ces nouvelles frontières, tout en conservant l’image d’une réalité semblant à l’équilibre sur celles-ci. Bien sûr, au-delà de ces interprétations peut-être hasardeuse, l’exposition mérite d’être vue ne serait-ce que pour apprécier la technique de cet artiste russe d’adoption, qui parvient à mettre en scène ces espaces tout en conservant l’immédiateté du cliché. Et il sait apporter un autre regard sur les grandes villes (ici Moscou), ; si l’on prenait le temps de s’y attarder, il y a de fortes chances que l’on retrouve des paysages frontaliers similaires près de chez nous… Cette réalité réside aussi ici, dans la capacité de chaque spectateur à se projeter dans ces environnements si particuliers et révélateurs de nos modes de vie actuels.

L’exposition est visible jusqu’au 31 décembre ! Dépêchez-vous d’y faire une tour 🙂

Une pause dans le temps

Si l’exposition d’Alexander Gronsky était la principale raison de ma visite au Radar, j’ai été aussi agréablement surprise en y voyant, dans l’artothèque, une trace du passage de l’association L’Encrage (basée à Caen), avec une petite exposition d’actualité : “Guigui Pop”. Ca ne vous rappelle pas quelqu’un ? Un personnage normand, qui a marqué l’Histoire il y a 950 ans ?  Quand la sérigraphie et le travail vibrant et coloré de L’Encrage sont amenés à retracer la vie de Guillaume le Conquérant, cela conduit à la création d’un livre pop-up inédit, dont on découvre les coulisses à travers cette exposition. Des passages de la Tapisserie de Bayeux y sont reproduits et revisités, avec une vision décalée de ses épisodes les plus célèbres. Non pas une réinterprétation, mais un point de vue actuel de la part de ces artistes sur un moment clé de l’Histoire. Je ne peux qu’adhérer à ce genre d’initiatives, qui viennent donner un regain d’intérêt et de modernité à ces périodes marquantes qui, évidemment, s’éloignent de nous de plus en plus. De quoi, aussi, piquer la curiosité pour aller voir l’originale.

L’avant-goût du livre “Guigui pop” est aussi visible jusqu’au 31 décembre, alors faites d’une pierre deux coups, et montez jusqu’à l’artothèque du Radar 😉

À très vite !

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