M. Desgrandchamps au MBA : l’art en tongs

L’un des artistes contemporains mis à l’honneur cette année au Musée des Beaux-Arts de Caen fait de la transparence, de la superposition et de la géométrie ses maîtres mots… Marc Desgrandchamps, puisque c’est de lui dont il s’agit, ancre ses travaux dans un temps des plus actuels, influencé par le flot d’images qui berce notre société, du cinéma à internet. Mais il traite aussi de mythologie, d’histoire de l’art… et de tongs ?

Notre monde indéterminé

“Sans titre”. C’est la première confrontation du visiteur à l’univers indéterminé mis en place par Marc Desgrandchamps. Pas ou peu d’explications sont données sur la démarche et le pourquoi de cet univers construit mais impalpable, figuratif mais abstrait, rêvé, mélangé. On est face à une identité sans figure et sans détermination du sujet. Si les oeuvre se répondent et proposent une certaine vision de notre monde sensible (par des scènes qui parlent à notre inconscient collectif telles que la plage ou la montagne qui se dessine), tout est pourtant perturbé. Au premier abord, on perçoit ce qui nous est familier et reconnaissable, ce qui parle à notre rationalité ; là, il y a une femme sur la plage, de dos, et ici, une sorte de désert rocailleux où s’aventurent quelques personnages et un cheval… Un cheval ? À y regarder de plus près, ce cheval ressemble plutôt à Pégase. Ou à une sorte d’hybride volant. Et au loin… des dinosaures. Mais où est-on ? Et cette femme sur la plage, que fait-elle ? Son ombre n’est pas la sienne. Et ici, elle remet une tong sur un pied venu de nulle part.

Les visages s’effacent et laissent place à la forme, la substance, le mouvement interrompu et la transparence. On est obligé de s’attarder sur les toiles de Marc Desgrandchamps, car plusieurs mondes et plusieurs temps se croisent et se superposent. Il y a plusieurs histoires dans une, plusieurs constructions qui viennent créer cette indétermination. Un monde hybride entre le visible et l’invisible, le vécu et le fantasmé.

Une question de perception

Mars Desgrandchamps ne joue pas uniquement sur l’effet de surprise visuelle ; il puise sa source dans nos connaissances et dans notre passage dans le temps. Pour en rendre compte, il s’appuie par exemple sur l’Histoire, et surtout sur la collection du Musée des Beaux-Arts de Caen. Deux tableaux l’interpèlent : Judith et Holophrène de Véronèse pour la source mythologique et son traitement artistique, et Paysage avec le Mont Stromboli de Willem Schellinks.

En haut : Marc Desgrandchamps, Sans titre, 2016, huile sur toile, diptyque, 200 x 300 cm, courtesy galerie Eigen + Art – Cliché Tristan da Cunha //  Véronèse, Judith et Holopherne, huile sur toile
En bas : Marc Desgrandchamps, Sans titre, 2016  // Willem Schellinks, Paysage avec le mont Stromboli, huile sur bois

Sur des élément identifiables et reconnaissables, Marc Desgrandcamps laisse une trame aux visiteurs, et chacun en ressort avec l’histoire qui lui semble la plus pertinente. Une possibilité offerte par l’art contemporain, qui mêle la pause temporelle et l’activité permanente. D’ailleurs, quand on observe l’ensemble des oeuvres, toutes semblent marquer un moment surpris, quelque chose que l’on a soudain pris sur le fait et sans préméditation. Un temps qui s’arrête devant nos yeux mais qui, on peut l’imaginer, pourrait s’animer d’une seconde à l’autre.


En quelques mots 

Vous pensez certainement que je passe mes journées à arpenter les couloirs du MBA ces derniers temps (ce qui n’est pas complètement faux…). Mais s’il y a bien une expérience d’art contemporain à tenter, je vous conseille à 100 % cette exposition, qui à mon sens est très abordable, car restant majoritairement figurative. C’est pour moi le genre d’exposition idéale à découvrir : si l’on ne se sent pas spécialement familier de l’art contemporain, chaque perception est ici légitime (elles sont TOUJOURS légitimes, quelle que soit l’exposition, mais ici, les oeuvres sont presque uniquement faite pour ça). Et à l’inverse, si on est un expert en la matière, on ne pourra que d’autant plus profiter de l’expérience et de la technique. Les oeuvres de Marc Desgrandchamps s’ouvrent volontiers à l’oeil des visiteurs et prend en compte les différentes références culturelles et quotidiennes que l’on peut avoir, de la tong à la mythologie.


Les infos :

Exposition visible du 3 mars au 27 août (parfait pour les tongs !) au MBA de Caen, et c’est toujours gratuit pour les -26 ans 😉

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