Les livres objets d’art ? Et pourquoi pas

Transformer un objet du quotidien (les livres) et détourner son utilisation, la chose est bien connue chez les artistes contemporains. C’est aussi ce qui a motivé le travail de Chilpéric Desrez. Derrière ce pseudonyme se cache un étudiant de l’école des Beaux-Arts de Caen (ESAM), non loin de concrétiser son projet. Après un temps d’exposition à la Galerie des Sens, qui le soutient dans ce projet, il prend ses quartiers à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville, et raconte son exposition.

Des livres, oui, mais encore ?

Chilpéric Desrez ne semble pas regarder les livres comme on pourrait le faire. Et d’ailleurs, les regarde-t-on vraiment ? Pourtant, à en croire la description qu’il donne de ses deux ouvrages massifs et surdimensionnés qu’il expose dans le restaurant de la Bibliothèque, c’est certainement un des plus beaux objets qu’il n’est jamais vu. Ils sont le point de départ de toute une démarche artistique. Chilpéric Desrez voit d’abord dans ces livres la dimension plastique, ce que l’on prend entre nos mains, les matières qui sont utilisées. Car, je précise tout de même, le jeune artiste ne choisi par n’importe quel livre comme source d’inspiration. Le livre de poche ? Très peu pour lui, ou du moins pour le moment. Ce qu’il souhaite en premier lieu mettre en avant, c’est la noblesse des matériaux, entre cuir et dorures. Immédiatement, cela m’a donné l’impression d’être face à deux grimoires, ou quelque chose d’un peu mystique. Si, en soi, les modèles sont très inspirés des ouvrages anciens, entre XVIII et XIXe siècle, ce n’est pas tant l’histoire qu’ils racontent qui importe. D’ailleurs, tous ont le même titre, et contiennent 4 ou 5 pages de bois, vides. L’histoire, c’est nous qui la faisons.

Un objet pour s’approprier l’espace

Ces deux oeuvres ne sont pas là par hasard me direz-vous. Et c’est vrai. Des livres dans une bibliothèque, quoi de plus logique ? Mais à force de regarder, de contourner ces objets, on finit par la construire, cette histoire. La déformation joue un rôle clé dans cette métamorphose de l’objet à l’œuvre. L’action première engendrée par le livre est supprimée faute de mots à déchiffrer. Et face à ces feuilles de bois, on n’a qu’une envie, les tourner. Car les grands livres de Chilpéric Desrez se manipulent ; l’acte de lecture est dévié, mais la contemplation des oeuvres l’est aussi. On peut s’approprier ces livres comme on le ferait de ceux présents dans les rayons de la bibliothèque, si on en a la curiosité. Le tout de cette petite exposition est selon moi l’observation. L’expérience se fait si on se force à prendre le temps de regarder les objets qui nous entourent, et de savoir les apprécier sous un autre angle que celui auquel on est habitué. Si le travail présenté en ce moment à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville est encore une amorce d’un projet plus ambitieux, il sait étayer notre sens de l’observation. C’est, après tout, ce que l’art tente de faire en permanence.

Les infos :

Les “Grands livres” de Chilpéric Desrez sont visibles dans le restaurant de la Bibliothèque Alexis de Tocqueville jusque fin mai.

One Reply to “Les livres objets d’art ? Et pourquoi pas”

  1. […] Tu vois cette sensation de légèreté et d’excitation quand un imprévu croise ta route ? Ces jolis moments qui éveillent ton attention là où tu ne l’avais pas suspecté ? Ces petites choses qui apportent un truc en plus à ta journée ? Un exposition, par exemple, que tu n’attendais pas. Comme Histoire(s), de Jean-Louis Faure, à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville de Caen. […]

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