Photographies urbaines – « Alger, Climat de France »

La photographie est sans doute le moyen le plus employé pour garder en mémoire des traces de notre passage. Que ce soit un souvenir de vacances ou une façon de figer le temps, la photographie est là. Et lorsqu’il s’agit de partager une histoire, elle se révèle d’autant plus intense. Garder des traces de l’évolution de l’espace urbain, tel est le fer de lance de Stéphane Couturier, dont les photographies sont exposées tout l’été à l’Artothèque de Caen.

Humains/Urbains

Le travail de Stéphane Couturier est reconnaissable entre mille : la symétrie, la fascination pour une géométrie qui nous entoure sont autant d’éléments qui le distinguent… Ses photographies révèlent au grand jour l’apparente stabilité de ce qui nous abrite et que l’on peine à observer. L’ossature anguleuse des monuments français tels que le Grand Palais, l’organisation métallique des usines, mais aussi l’uniformité de la cité Climat de France, à Alger. C’est de cette dernière dont je vais vous parler : « Alger, Climat de France ».

Pour réaliser cette exposition, Stéphane Couturier s’est intéressé au travail de l’architecte Fernand Pouillon. Cette quête le conduit à Alger en 2011, et le confronte à ce grand ensemble architectural des années 1950 qu’est Climat de France. Le lieu est imposant, par sa forme comme par son esthétique. Le béton est abandonné au profit de la pierre de taille, et l’architecture se veut intégrée à son environnement. Mais il est aussi imposant par la population qu’il abrite, soit plus de 50 000 personnes. Mais alors, comment percevoir tel agencement urbain ?

À travers le regard de ses habitants. Pendant 3 ans, l’artiste arpente cette cité, enfermée sur elle-même alors qu’elle se voulait signe d’ouverture. La vie quotidienne, amassée dans des immeubles monumentaux, est ainsi rendue visible par les habitants eux-mêmes. L’artiste se lie d’amitié avec certains d’entre eux et raconte leurs histoires. Des histoires que la photographie retranscrit ensuite, humblement, montrant des fragments de vie arrêtés.

« Ses réalisations révèlent l’échec du travail de pacification sociale. Ancien fief des islamistes dans les années 90, la cité Climat de France traduit la complexité et les contradictions de la jeunesse algérienne, coincée entre espoir et désenchantement »

Évolutions et fragments

La construction même des photographies de Stéphane Couturier montre cette fragmentation. La photographie va au-delà de sa forme initiale, elle participe à la construction plastique d’un nouvel ensemble. Là où l’architecture a déconstruit les liens humains dans la cité, la photographie les reconstruit. Et pour cause, ce ne sont pas « que » des bâtiments qui sont donnés à voir. Ils seraient même (presque) secondaires dans cette exposition. C’est davantage l’humain caché derrière ces pierres qui est montré, tel que je l’ai perçue. On y voit des traces de sa présence, qui colorent les murs, mais aussi des visages et vidéos, qui animent ces blocs.

Les évolutions des paysages urbains chères à Stéphane Couturier ne sont pas dues au hasard. Le travail sur la cité Climat de France marque ce changement, tout aussi présent dans le travail de l’artiste. Dans un lieu comme l’Artothèque, lui aussi riche d’histoire, l’exposition prend encore plus d’ampleur, et les architectures se mêlent. La boucle est bouclée : la photographie garde en mémoire le passage et les traces laissées sur les lieux. À nous maintenant de les recevoir, et pourquoi pas de les transmettre à nouveau.


Bon à savoir :

  • L’exposition est visible à l’Artothèque de Caen jusqu’au 17 septembre. Des visites commentées sont organisées tous les derniers samedis du mois, et un rendez-vous familial vous attend également les premiers mercredis du mois !
  • Entrée libre ! 😉

À très vite !

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